Lilapuce
 

supports (lundi 15 mai 2017)

Zoom sur les fake news

Recommandations : Certaines expressions du présent support sont en gras. Au fur et à mesure de votre lecture, vous pouvez copier ces expressions puis, après avoir créé un nouvel onglet, les coller dans le champ de recherche de votre navigateur. Veillez particulièrement à bien identifier le nom de domaine des résultats proposés par votre moteur de recherche avant de cliquer sur le lien. Choisissez de préférence des noms de domaine que vous connaissez. À défaut, si vous arrivez sur un site inconnu, recherchez la rubrique « Qui sommes-nous ? » ou « À propos », avant d’y effectuer quoi que ce soit d’autre.

Voici quelques pistes de réflexions sur les fake news à partir d’un plan en quatre étapes :

1) De quoi s’agit-il ? (Les termes du débat)

Wikipédia, en version anglaise, sur l’article intitulé Fake news website nous apprend que les sites d’informations falsifiées publient délibérément des hoax, de la propagande, de la désinformation, les faisant passer pour de vrais informations (ceci est une proposition de traduction personnelle).

Cette définition me semble un bon point de départ. Il vous appartient de la compléter en consultant les résultats d’un moteur de recherche, après avoir tapé Fake news et hoax ( à propos des hoax, vous pouvez également consulter lilapuce.)

Revenons à Wikipédia.

Pourquoi vous ai-je proposé, en introduction, de prendre la définition d’un article de la version anglaise de l’encyclopédie participative ?

Il existe bien un article intitulé Fake news sur Wikipédia, en version française.

Remarquez que l’expression anglaise est employée en France, comme c’est souvent le cas lorsqu’il s’agit de sujet concernant les technologies numériques, mais, au-delà, de la dénomination, ce qui me semble important à montrer c’est le secret de fabrication de la rédaction de cet article :

L’historique de l’article nous indique qu’il a été créé en février 2017, à partir de la traduction d’un article en anglais rédigé en janvier 2017.

Sur cette version anglaise, un avertissement informe qu’un autre article a été créé à partir de celui-ci, pour présenter spécifiquement les Fake news website ; l’article que j’ai évoqué tout à l’heure, en introduction au présent support.

Les deux articles Fake news website et Fake news ont ensuite été partiellement fusionnés.

Ces précisions nous permettent d’éclairer quelques points essentiels concernant notre sujet du jour :

- La date de création des articles, début 2017, soit la période de l’accession au pouvoir de Donald Trump. C’est à partir de ce moment que le terme fake news est apparu dans l’actualité, pour ne plus la quitter.

- Le fait que dans la version anglaise de Wikipédia, il ait été nécessaire de créer un autre article concernant spécifiquement la propagation de fausses informations sur le web (Fake news websites). Cela souligne l’importance du numérique dans la question.

- Comme je l’ai indiqué plus haut, l’historique d’un article de Wikipédia permet de restituer de tous les secrets de fabrication d’un article : ses modifications successives, ses auteurs, les discussions auxquelles il a donné lieu.

Quel rapport entre ce dernier point et notre sujet ?

Rappelons que le fait de permettre à n’importe quel internaute de contribuer facilement a un contenu publié sur le web correspond au principe même du crowdsourcing ; ce principe étant techniquement disponible sur Wikipédia par l’outil Wiki.

Pour bien comprendre ce qu’est Wikipédia, il est important d’ajouter que la neutralité de point de vue et le fait que le contenu publié sur Wikipédia soit documenté et sourcé (indication des références) figurent parmi les principes fondateurs de l’encyclopédie participative.

Par ces caractéristiques, Wikipédia se présente comme un système de publication participatif, auto-régulé, visant à la neutralité de contenu, donnant les moyens de d’accéder à la traçabilité de ses rédacteurs et des sources et dont le mode de fonctionnement est clairement défini, y compris en mettant à jour ses propres faiblesses.

Cette présentation pourrait être utilisée, en négatif, pour définir ce que sont les fake news ; car les caractéristiques que je viens d’énumérer à propos de Wikipédia, sont quasiment toujours absentes des propagateurs de fake news.

Est-ce à dire qu’il ne peut jamais y avoir de fake news sur un wiki tel que Wikipédia ? Pas si simple : rien - aucun dispositif technique, aucune charte éditoriale ni aucune organisation - ne garantit a priori la fiabilité de l’information.

Nous sommes habitués – avec les média classiques – à nous reposer sur le professionnalisme et la notoriété des organes de presse ou des éditeurs. Ces entreprises sont normalement payées pour vérifier l’information avant de la publier.

Il arrive que le professionnalisme - dans la presse comme dans d’autres métiers - ne protège pas d’erreurs grossières voire de dérives qui conduisent leurs auteurs au-delà des limites de la déontologie (vous trouverez quelques exemples classiques de ces ratés de l’info, en fin de la présente page).

Lorsqu’elles sont révélées, ces erreurs et dérives déontologiques, dans la presse, sont, par nature, mille fois plus visibles que celles commises dans d’autres professions moins exposées, ce qui ne manque pas, d’ailleurs, d’alimenter la fibre complotiste si prompte à s’épanouir sur le Web (comme nous le verrons plus loin).

Il n’en reste pas moins que tout le monde s’accorde – y compris les esprits les plus critiques - pour reconnaître ce postulat de départ : les média classiques se doivent de garantir la fiabilité de l’information et le premier réflexe du récepteur (celui qui reçoit l’information) sera d’accepter la fiabilité du message transmis, même si ce dernier lui semble plus ou moins critiquable.

Il ne viendrait à l’esprit de personne (ou à si peu de personnes) de remettre en cause la véracité et les sources d’un article de magazine « sérieux » trouvé dans la salle d’attente du dentiste ou de s’interroger sur la fiabilité du flux d’info en continu qui défile au-dessus du comptoir du bar tabac du centre-ville.

« Sur Internet » - grosse différence - mieux vaut considérer qu’il revient toujours au récepteur de procéder lui-même à la vérification de l’information. Le problème c’est que nous ne sommes pas habitués à faire ce travail et que cela demande de la méthode, de la volonté, du sens critique et de la disponibilité ; bref autant de qualités qui rentrent en contradiction avec les logiques puissantes de l’ère numérique marchande : immédiateté, accessibilité, versatilité.

Il ne sert à rien de se lamenter de cet état de fait : oui, sur Internet n’importe qui peut raconter n’importe quoi.

Il est même préférable de considérer qu’il s’agit d’une réalité incontournable et, partant de là, de se donner les moyens d’essayer d’accéder à l’information de façon avisée, avec un esprit critique, afin de favoriser un comportement actif, autonome et responsable vis à vis de son environnement.

Reprenons le fil de notre pérégrination.

Voici, ci-dessous, les premiers résultats donnés par Ixquick, quelques jours après notre séance (le lendemain du 1er tour de l’élection présidentielle 2017), faisant suite à la requête Fausses rumeurs élections. Remarquez qu’il s’agit pour l’essentiel de titres de presse :

Ajoutez à la requête le mot-clé « USA » et vous constaterez que vous obtenez le même type de résultats pour le scrutin présidentiel américain de janvier 2017. Il est probable qu’il en sera désormais ainsi pour les futures élections, quel que soit le pays (à commencer par le second tour des élections présidentielles de France, qui a eu lieu après notre séance).

D’autres expressions, qui ont un rapport avec les fake news et dont on a beaucoup parlé dans les média, sont apparues à l’occasion des élections américaines de 2017 :

- Faits alternatifs

- Post vérité

En effectuant des recherches à partir de ces mots-clés, vous devriez constater que le phénomène fake news dépasse le cas d’école classique de la « rumeur », tel que nous étions habitués à l’évoquer, y compris quand il s’agissait de rumeurs diffusées par le web, il n’y a encore que quelques mois.

2) Quels sont les moyens favorisant la propagation de fake news ?

Tous les moyens sont bons pour diffuser l’intox. Évidemment les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Youtube, etc.) sont en première ligne mais ils jouent surtout un rôle de caisse de résonance.

Rien de tel qu’une image accrocheuse : un Gif animé, une photo rigolote, une vidéo de quelques minutes voire même un simple dessin aux allures enfantines.

En plus des techniques classiques d’infections – spam, hoax, rogue, troll – la propagation de fausses informations repose en grande partie sur les ressorts de la culture geek : humour potache, détournement, parodie, via les sites de partage, ou forums tels que 4chan. Un détournement du détournement, en quelque sorte.

Pour cela le mème, processus viral qui se diffuse sur le web de façon très spectaculaire, sera le plus efficace. Une simple image répliquée de façon obsessionnelle via le net transporte implicitement tout un fatras idéologique associé aux pires thèses racistes, homophobes ou sexistes. L’exemple souvent donné pour illustrer ce phénomène est le cas de Pepe the frog.

De la même façon, l’alibi de la culture underground, l’idéologie alternative, de la contre-culture ou de la contre-information, n’hésitant pas à déployer un argumentaire politique aux antipodes de ces traditions militantes, pourra être plus ou moins habilement affiché pour diffuser des révélations d’autant plus fracassantes et provocatrices qu’elles seraient « cachées par les grands média » mainstream.

On ne compte plus le nombre de gourous plus ou moins talentueux qui diffusent ainsi sur le web leur propos complotistes ou conspirationnistes sur un ton volontairement provocateur et « anti-système ».

Enfin, comment ne pas évoquer le fait que toutes ces techniques, qui permettent de diffuser plus efficacement l’intox, la propagande mensongère, et les tentatives de manipulation sur le web, sont très proches - pour ne pas dire, exactement les mêmes - que celles utilisées par les acteurs du marketing viral, ayant recours notamment au buzz, sur les réseaux sociaux afin de promouvoir une marque ou un produit.

3) Prise en compte du danger des fake news

La question de la désinformation par les technologies numériques devenant de plus en plus prégnante, des acteurs de différente origines - institutionnels, professionnels de la presse, associatifs, etc. - proposent des outils visant à contrer le phénomène ; que ce soit pour décrypter l’intox au cas par cas ou pour proposer une réflexion de fond sur les média.

Voici un aperçu non exhaustif de ces acteurs :

- Les titres de presse quotidienne, notamment : Libération avec sa rubrique Désintox, Le Monde et son Décodex. Plus récemment est apparu CrossCheck, un projet réunissant Google et plusieurs titres de presse français.

- Les publications spécialisées sur les média, dont la plupart existaient déjà avant l’apparition du phénomène fake news, et qui trouvent avec celui-ci, matière à renforcer leur champ d’expression. Dans cette catégorie, nous trouverons notamment : Arrêts sur Images et la revue, plus militante, Acrimed

- Les sites web institutionnels, par exemple : On te manipule, site gouvernemental, autour de la question des conspirationnistes et Internet sans crainte plus orienté autour de la communauté éducative, dont le contenu dépasse de loin le champ de notre sujet mais qui pourra être visité pour les recommandations générales concernant l’usage sécurisé du web.

4) Les professionnels, aussi, peuvent s’y mettre

Le monde réel ne se divise pas de façon manichéenne entre les manipulateurs et les ceux qui détiennent la vérité.

D’une part, l’histoire a montré que les complots et les conspirations ne sont pas toujours de pures inventions construites par des esprits manipulateurs ou paranoïaques.

D’autre part, la désinformation peut aussi être relayée, voire initiée, par ceux-là même sur qui nous avons tendance à nous reposer, à tord, probablement : autorités et institutions politiques, culturelles, etc.

Et c’est là que les choses peuvent se gâter au point de compliquer considérablement le travail de décodage de l’intox mais cela renvoie aussi à la fragilité de la démarche, incitant à toujours plus de sens critique et de prudence.

En premier lieu il faut distinguer deux niveaux de communication d’une « mauvaise information » :

- Par négligence, des média ont parfois la fâcheuse tendance à reprendre sans vérification ce qui est dit par le voisin, ce qui peut conduire à raconter n’importe quoi. Voici un exemple de ce type de faute professionnelle, donné par Arrêt sur image

- À degrés divers, entre complicité partisane et lâcheté moutonnière, la presse classique peut aussi parfois servir d’outil de désinformation institutionnelle. Comment ne pas évoquer, à ce sujet les cas d’école très connus que sont par exemple : Les charniers de Timisoara, Le Plan Fer-à-cheval, ou Les armes de destruction massive en Irak...

Négligence ou volonté délibéré, dans un cas comme dans l’autre on envoie un crack et le résultat est le même pour celui qui reçoit l’info. Il risque l’intoxication et devient un facteur potentiel de sa propagation.

Seule solution : rester éveillé devant l’écran, quel que soit l’écran.