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supports (mercredi 9 juin 2021)

À propos du stockage en ligne

Il est désormais possible de transférer par Internet à peu près tout type de ressources informatiques (traitement humain, données, applications, réseaux, etc.) pour les répartir à distance, sur des serveurs dédiés, localisés parfois à plusieurs milliers de kilomètres les uns des autres.

Cette activité, qu’il est d’usage de dénommer le « Cloud », représente un marché colossal. Les enjeux stratégiques de cette activité sont à mettre en regard du type de mutation profonde qu’elle engendre ; une mutation sociale, politique, pour ne pas dire, civilisationnelle.

D’après ce qu’il en est souvent dit dans la presse spécialisée, le « Cloud », associé au Big Data et à l’intelligence artificielle (IA) représenterait le tiercé gagnant de l’avenir de l’industrie numérique. Un avenir que seules les grosses pointures du secteur - notamment, les GAFAM - peuvent prétendre coloniser.

Offre grand public et offre professionnelle

Avant d’entrer dans le détail du sujet, il me semble important de préciser que le marché du « stockage en ligne » (désignons-le ainsi pour l’instant) est très clairement segmenté entre l’offre grand public - souvent identifié par le terme de « Drive » - et celle s’adressant aux entreprises, communément appelé le « Cloud ».

Chacun de ces secteurs d’activité ne correspond pas du tout au même type de prestation.

Le service de Drive, proposé aux particuliers, se limite essentiellement à deux types de prestation : la sauvegarde à distance et le partage en ligne de certaines données personnelles, telles que les photos personnelles.

Dans le cas des entreprises, avec le Cloud, il s’agit avant tout d’externaliser une infrastructure classique de réseau local (serveurs de données, serveurs d’applications, infrastructures en réseaux, terminaux, etc) en la redéployant, à distance, sur Internet.

Avec le développement du télétravail et le remplacement d’un nombre de plus en plus important de services de proximité par des services en ligne, on comprend bien tout l’intérêt, que peuvent rechercher certaines entreprises et administrations à développer ce type d’organisation de travail.

Cette précision préliminaire me semble importante à fournir car une certaine ambiguïté accompagne depuis toujours les termes de Cloud et de Drive. Ces mots sont parfois employés de façon indifférenciée pour désigner le même type d’activité, alors que n’est absolument pas le cas.

Comme nous allons le voir, les offres grand public et celles concernant le marché des professionnels sont très clairement différenciées.

Du côté des GAFAM

- AWS, service ayant pour maison mère Amazon, est le leader du marché du Cloud. Ce service vise clairement le marché professionnel. Observez les références. L’offre grand public s’appelle Amazon Drive.

- Quatre choses à savoir sur AWS, le lucratif business d’Amazon dont vous n’avez sans doute jamais entendu parler (France TVinfo - 23/02/2021)

- Chez Microsoft, OneDrive est l’espace de stockage en ligne personnel que tout utilisateur de Windows 10 connaît. Ce service s’adresse donc, par défaut, aux particuliers. Là encore, un service distinct est également proposé aux entreprises. Ici, par contre, on constate que Microsoft a conservé la même appellation « OneDrive » pour ces deux types d’activité.

- Google, lui aussi, propose cette dualité de l’offre : une offre entreprise, Google Cloud, avec les inévitables références des grands comptes. Pour le grand public, c’est Google Drive.

- Du côté de chez Apple, on a choisi de mettre en avant l’offre grand public. C’est logique. N’oublions pas que la fortune de cette entreprise (classée, y a quelques années en tête de podium des plus riches) s’est construite sur la commercialisation massive de matériel électronique grand public (des objets, de mon point de vue, guère différents, dans leur conception, d’un grille pain ou d’un aspirateur) : les iPod, iPhone et autres iPad.

D’autres acteurs

- L’un des plus connus s’appelle Dropbox

- Il y a quelques années, l’hébergeur OVH, localisé à Roubaix proposait Hubic, une plateforme de Drive grand public, qui n’est désormais plus en activité.

- Par contre, si OHV a lâché l’offre Drive grand public, la même entreprise se positionne, par contre, très clairement sur le marché du Cloud professionnel.

- OVH, d’ailleurs, fait partie de la très sélective liste des entreprises françaises réunissant les conditions réglementaires pour répondre à un futur appel d’offre d’hébergement du futur Health Data Hub.

Précisons qu’à l’origine l’État français s’était prononcé pour confier ce chantier à Microsoft, ce qui n’a pas manqué de provoquer quelques remous.

- OOdrive est également un des principaux prestataires de Cloud français, orienté vers l’activité dite de B2B (professionnel).

Le web regorge de comparatifs sur les professionnels du Cloud depuis plus de 10 ans. Ce type de contenu rédactionnel est régulièrement mis à jour. On constatera que ces articles évoquent le plus souvent l’offre grand public.

S’il l’on souhaite contracter une offre commerciale de Drive pour particulier, il n’est donc pas inutile de consulter un banc d’essai récent pour se tenir informé de l’état d’un marché qui semble assez évolutif.

En voici deux à titre d’exemple :
- Clubic

- Presse-citron

Focus sur le libre

Puisqu’il est question des offres concernant le Cloud, notamment, en France, voire, de proximité, il n’est pas inutile de rappeler que le choix ne se limite pas nécessairement à trouver un prestataire commercial classique et, qu’à ce titre, on peut aussi jeter un coup d’œil sur le réseau des Chatons.

Il semblerait que la référence du stockage en ligne du monde libriste soit à trouver autour de Nextcloud. Ce logiciel est déployé dans nombre d’entreprises ou d’administrations mais vous pouvez être aussi conduits à l’utiliser en tant que particulier car des prestataires peuvent le reprendre pour proposer leur propres services de cloud (ou drive) aux particuliers. C’est le cas, par exemple, de ecloud proposé par /e/ le système d’exploitation libre pour Smartphone.

Autre solution, mettant en avant la culture open source, voire, libriste : Cryptpad. Même si nous avons affaire, ici, plus à une offre d’outils collaboratifs en ligne, que réellement de cloud ou de drive, elle mérite d’être évoquée.

Les enjeux du stockage en ligne

À la fin de l’année 2020, soit quelques jours avant l’élection de M. Biden, Microsoft proposait une offre de service conçue spécialement pour répondre aux besoins du gouvernement américain : voir article de ZD Net du 08/12/2020.

Autre exemple des enjeux politiques : les liens d’interdépendance entre les institutions régaliennes des États, notamment aux USA, et les grandes entreprises du numériques : Apple : le FBI a obtenu l’accès au compte iCloud d’un manifestant (developpez.com - 18/09/2020),

Les intérêts entre les instituions publiques américaines et les acteurs industriels de la Silicon Valley semblent à ce point mêlés que la question du stockage des données a provoqué une succession de remous diplomatiques entre les USA et l’UE. Lire, à ce sujet l’article de Wikipédia sur le Bouclier de protection des données UE-États-Unis

Les entreprises et les administrations européennes seront-elles en mesure d’assurer leur propre indépendance ? Lire l’article de la Tribune du 24/09/2020 : Fin du « Privacy Shield », et maintenant ?

Hum, hum... cela semble bien compliqué, d’après cet article d’Usine Digital du 20/05/2021 : Les représentants des entreprises françaises du numérique plaident pour un nouveau Privacy Shield

Aurons-nous droit à l’une de ces fameuses figures pathétiques du petit gentil toutou européen qui se mord la queue, aux pieds de son maître états-unien, hilare ? Allez savoir. En attendant, vous pouvez toujours lire ce point de vue caractéristique sur le journal du Net (02/11/2020).

Politiques françaises

En tout cas, après l’émoi suscité en France après l’annonce d’un Health Data Hub hébergé par Microsoft l’État français annonce la création d’un label « cloud de confiance » permettant de garantir la sécurisation des données (Clubic - 17 05/2021)

Est-ce que cela permettrait, par exemple, la création de plateformes répondant au cahier des charges de l’État français, à même de pouvoir proposer du « Microsoft sans Microsoft » ? Lire l’article du Monde Informatique du 27/05/2021.

En attendant, pour la Cnil, c’est clair : il faut lâcher les Google Docs dans l’enseignement supérieur et la recherche (Numerama - 31/05/2021)

Le Cloud et la sécurité : une problématique qui tourne en boucle

- Sécurité du cloud (Wikipédia)

- Sécurité du Cloud : une situation catastrophique selon McAfee (lebigdata.fr - 30/10/2018)

- Stockage Cloud : connaître les risques et savoir l’utiliser

La liste des incidents de sécurité ayant leur origine dans le Cloud est longue et rien n’indique que cela s’arrangera à l’avenir. Une petite sélection, à titre d’exemple :

- Une société israélienne capable de pirater des données dans le cloud (Challenge - 19/07/2021)

- Les données personnelles de 100 millions d’Américains exposées dans un piratage géant (le Figaro - 30/07/2019)

- Microsoft et FireEye confirment la cyberattaque de SolarWinds (ZD Net - 15/02/2021)

- Microsoft victime de l’énorme vague de cyberattaques (Futura Sciences - 20/12/2020)

- Phishing : Microsoft, marque la plus touchée ; les services dans le Cloud sont les plus ciblés (Clubic - 29/10/2020)

- Des données d’entreprises compromises après le piratage d’Orange Business Services (BFM - 17/07/2020)


 

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