Lilapuce
 

supports (vendredi 25 septembre 2020)

Prenons le temps de causer de la messagerie électronique

Nous avons commencé notre séance en rebondissant sur la remarque formulée par l’un de nos participants qui s’étonnait de devoir répondre à la rituelle sollicitation « d’accepter les cookies » alors qu’il se contentait de relever ses messages électroniques sur le webmail de son fournisseur d’accès à Internet (FAI).

Il nous fallu, dans un premier temps, expliquer d’où venait cette obligation de répondre à l’installation de cookies sur son ordinateur : voir l’article de la CNIL.

Nous avons ajouté que des voix s’étaient exprimées, dans la société civile, pour critiquer, justement, le rôle joué par la CNIL, quand elle s’est mise à cautionner le contournement de la loi européenne du RGPD par les publicitaires : voir l’article de la Quadrature du net.

Dans un second temps, nous avons évoqué le fait que, depuis le début de la commercialisation industrielle de l’accès à Internet, une habitude calamiteuse s’était instituée : la vente forcée d’adresse de messagerie électronique par les fournisseurs d’accès à internet (FAI).

Une vente forcée comparable à la vente forcée d’un système d’exploitation sur des ordinateurs (Windows et Mac OS) : voir article de Wikipédia.

Pour illustrer mon propos, j’ai évoqué mon expérience personnelle quand, en passant à la fibre, j’ai demandé à mon nouveau FAI (Orange) de ne pas me fournir d’adresse mail, il m’a été répondu que j’étais obligé d’accepter cette nouvelle adresse ; car mes factures me seraient communiquées par ce moyen.

Non seulement le fait de fournir des adresses de messagerie électronique peut inciter le client mécontent de la qualité de l’accès à internet, à rester chez son FAI de peur de ne plus pouvoir utiliser l’adresse de mail inscrite au domaine de ce dernier (alors qu’une loi protège le consommateur pour qu’il puisse changer de FAI tout en continuant d’utiliser temporairement le mail de son ancien FAI), mais en plus, l’apparente gratuité de la messagerie électronique (alors qu’il s’agit d’une vente forcée) peut laisser croire que la gestion de ce service est une opération peu coûteuse en ressources matérielles et humaines.

Or, nous avions évoqué, lors de notre ciné-conférence de l’an passé, que la gestion de la messagerie électronique était devenue un véritable casse-tête pour nombre de professionnels, au point qu’il est devenu impossible de trouver des alternatives gratuites aux fournisseurs de service de messagerie les plus connus (Gmail, Yahoo, Outlook, etc.)

Pour mon propre usage, j’en suis arrivé à la conclusion qu’il était préférable de louer un service, plutôt que d’avoir un parasitage supplémentaire, en contre-partie d’une fausse gratuité qui repose sur le fameux adage du « si c’est gratuit c’est toi le produit ».

Pour les FAI, la rentabilité de la vente forcée de messagerie électronique passe donc par le modèle économique dominant sur internet : la publicité, d’où l’apparition de cookies sur les webmails (évoqué par notre ami) et autres réceptions de spams.

Le phénomène de parasitage basé sur l’exploitation des données privées à usage publicitaire est encore plus important pour tous les soit-disant services de messagerie électronique « gratuits » : Gmail, Yahoo, Outlook et autres la Poste, laquelle a vraiment raté l’occasion de développer un service de messagerie honnête sur le territoire français, mais il semble que cette entreprise (qui n’a plus rien d’un service public) soit désormais plus occupée à se transformer en société bancaire classique qu’à essayer d’adapter son activité historique aux contingences du moment...

Le lien vers une page de Blog libre, que j’ai souvent proposé en atelier et sur mon site : (Messagerie email éthique...) permet justement de trouver un service de messagerie, le plus souvent payant, mais qui sera, a priori, respectueux de la vie privée de ses utilisateurs.

Petit côté déprimant, toutefois, que nous avions évoqué lors de la conférence de 2019 : même si vous avez une adresse mail fournie par un prestataire respectueux, il vous sera impossible de contrôler les divers fournisseurs et intermédiaires de vos correspondants et, donc, il vous sera tout aussi impossible de savoir ce qu’ils feront de votre adresse mail...

Signalons, pour revenir à mon expérience personnelle, qu’après avoir été obligé d’accepter l’adresse liée à mon contrat d’accès à la fibre, je l’ai installée sur mon client de messagerie, ne serait-ce que pour éditer des factures, car à l’ère du tout-dématérialisé, il devient difficile de trouver un autre moyen que son FAI pour produire des justificatifs de domicile actualisés, lesquels, par contre, sont toujours exigés à la moindre démarche administrative, qu’elle soit ou non dématérialisée.

Précisons que n’ayant jamais utilisé cette adresse mail (associé à la fibre) que pour éditer mes factures, donc n’ayant jamais expédié le moindre message avec ce mail, j’ai quand même constaté avoir reçu un nombre significatif de Spams sur cette adresse.

Prenant conscience du problème, depuis plusieurs années, j’ai quelque peu modifié mon approche à propos de la messagerie électronique en atelier.

Certes, je continue de proposer des exercices pratiques dans lesquels les usagers sont conduits à utiliser leur adresses mail ordinaires (donc, presque toujours, des pièges à GAFAMS et à FAI) mais, d’une part, je n’incite plus le public à créer d’adresse mail chez ces industriels peu respectueux de la vie privée et, d’autre part, je m’efforce toujours de lui proposer l’explication que je viens d’écrire.